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Votre technique d’administration des traitements intra-mammaires est-elle optimale ?


En élevage laitier, vous utilisez couramment des pommades à usage intra-mammaire pour le traitement local des mammites et le tarissement. Faciles, peu douloureux et banalisés, les traitements par voie intra-mammaire n’en demeurent pas moins risqués s’ils sont réalisés dans de mauvaises conditions d’hygiène. De plus, il faut prendre garde à ne pas endommager le canal du trayon.

 

Indications des médicaments à usage intra-mammaire

Les mammites cliniques sont généralement traitées en première intention, selon le protocole de soins fourni par votre vétérinaire, par application locale dans la citerne du trayon d’une pommade contenant un ou plusieurs antibiotiques associé ; parfois aussi un corticoïde qui atténue l’inflammation. Quand la mammite a des répercussions sur l’état général de l’animal, ou en cas de récidive, on y associe un traitement antibiotique par voie injectable, et un AINS lors de forte inflammation du tissu mammaire ou de mammite toxinogène. Plus la mammite est soignée – et avant cela détectée- précocement, plus les chances de guérison sont importantes et les risques de rechute faibles. Les préparations administrées au tarissement libèrent lentement des antibiotiques ayant une grande affinité pour le tissu mammaire et le lait.

 

Règles d’administration

Idéalement, il est préférable de préparer tout le matériel nécessaire avant de commencer : tube, serviettes pré-imprégnées ou désinfectant, bracelets de marquage, etc. (voir photo 1), non seulement pour être plus efficace mais aussi pour pouvoir traiter une mammite clinique immédiatement. L’environnement propre et la contention sont également importants : la salle de traite reste l’endroit le plus approprié.

-          Traire la vache complètement (Photo 2) ou tirer les premiers jets et, si on souhaite faire une analyse bactériologique pour rechercher les germes responsables de mammite, procéder stérilement au  prélèvement de lait. L’injection d’ocytocine peut aider à bien vider le quartier malade.

-          Assurer un nettoyage correct du trayon à l’eau tiède additionnée de savon approprié ou effectuer un pré-trempage et le sécher. (Photo 3)

-          Se laver les mains ou porter des gants avant de toucher la mamelle.

-          Désinfecter l’extrémité du trayon avec les lingettes pré-imprégnées fournies ou un tampon alcoolisé, en commençant par les trayons les plus éloignés pour ne pas toucher un trayon désinfecté avec le poignet ou le bras. Le bout du trayon est propre quand la lingette reste blanche. Utiliser des lingettes différentes pour chaque trayon. (Photos 4 et 5)

-          Déboucher l’applicateur ; prendre soin de ne pas le contaminer en touchant l’embout avec les doigts ou la peau de la vache.

-          Introduire délicatement l’extrémité de l’applicateur dans l’axe du trayon en choisissant si possible l’embout le plus court. Une insertion partielle, moins traumatisante, est toujours préférable. En effet, le canal du trayon, formé de replis tapissés de kératine et pouvant s’ouvrir par un sphincter, est un rempart efficace mais fragile contre la pénétration de microbes responsables de mammites. Il  mesure 0,4 mm et peut s’élargir à 2 mm pendant la traite. Or, la base de la canule est plus large et son insertion profonde abime la couche de kératine sur toute la longueur du canal. (Photo 6) Commencer par les deux trayons les plus proches et finir par les plus éloignés, donc dans l’ordre inverse de la désinfection.

-          Instiller tout le contenu de la seringue en une seule fois dans le ou les quartiers infectés ou dans chaque quartier, pour le traitement au tarissement.

-          Le massage du trayon vers le haut pour faire remonter la pommade dans la citerne et aider à la diffusion du produit est souvent mentionné par le fabricant.

-          Faire un post-trempage de tous les trayons. (Photo 7)

-          Identifier la vache avec deux bracelets colorés aux postérieurs, (Photo 8) complétés par un marquage au crayon ou spray si le lait doit être jeté. (Photo 9)

-          En cas de soin à une vache souffrant de mammite clinique, désinfecter la griffe et se laver les mains ou changer de gants pour éviter la contamination d’autres vaches.

-          Enregistrer le traitement sans délai dans le cahier sanitaire en mentionnant les détails utiles pour un éventuel audit (quartier traité, produits utilisés, symptômes…).

-          Noter et respecter les temps d’attente. Ils s’appliquent aux quatre quartiers même quand un seul est traité ! Les vérifier en cas de vêlage prématuré ou de tarissement court. (Photo 10)

-          Respecter la posologie (de l’administration unique à 4 fois à 12 h d’intervalle, selon les cas) et la durée du traitement qui doit être poursuivi jusqu’à son terme même en cas d’amélioration ou de guérison apparente. (Photo 11)

-          Les flaconnages vides peuvent être éliminés par la filière des ordures ménagères et les produits périmés avec les DASRI.

 

Particularités de l’obturateur interne :

A l’instar du bouchon muqueux, qui se forme dans le trayon au tarissement mais qui est perméable dans les 15 premiers jours du tarissement et qui commence à se déliter dans les 15 derniers jours avant vêlage, l’obturateur interne empêche physiquement la pénétration de germes dans la mamelle et diminue donc le risque de nouvelles infections contractées pendant la période sèche. Il persiste jusqu’à la traite ou la tétée du veau. Il ne contient pas d’antibiotiques : l’hygiène de son administration doit être encore plus rigoureuse. Il peut être instillé seul ou après une seringue « à tarir ».Dans ce cas, il est nécessaire de répéter la procédure de désinfection entre les 2 seringues. Il ne faut pas masser le trayon ou la mamelle après mise en place, de sorte à ce que la pâte reste dans le bas du trayon.

 

Et si le traitement intramammaire ne fonctionne pas ?

La plupart des traitements sont efficaces sur les trois germes majeurs responsables de mammites. En outre, par cette voie locale, peu de cas de  résistance aux antibiotiques sont rapportés.

Changer de traitement « à l’aveugle » risque donc de ne pas être plus efficace ; d’autant plus que des recontaminations précoces peuvent masquer la guérison. Parlez-en à votre vétérinaire !

 

A RETENIR :

Le traitement d’une mammite clinique est une urgence et ne doit pas être différé.

Les produits de tarissement doivent être administrés avec une hygiène et désinfection quasi chirurgicales.

 

Auteur: Dr Emmanuel THEBAUD / VET’EL

Rédigé le : 1/12/15

Source : Maladies des Bovins - 4ème édition - Institut de l’élevage/Ed. France Agricole